médecin arrêt de travail

Un médecin témoigne : « Si les indications sont bien posées, il n’y a pas d’abus. »

Alexandre Stefani est médecin généraliste depuis 13 ans à Eckbolsheim, en périphérie de Strasbourg. Il apporte son témoignage sur la prescription d’arrêt de travail.

Quels éléments prenez-vous en compte pour prescrire un arrêt de travail ?

La pathologie est l’élément principal de la prescription d’un arrêt de travail, mais cette prescription peut également dépendre de l’environnement professionnel du patient.

Par exemple, un arrêt de travail n’aura pas la même durée, voire ne sera pas prescrit chez un patient travaillant dans un bureau et chez un patient ayant une activité plus physique.
L’âge du patient, les éventuelles pathologies, ses antécédents ainsi que sa situation personnelle et familiale auront aussi un impact sur la prescription d’un arrêt.

Dans quelle situation prescrivez-vous un arrêt de travail ?

Le cas classique, c’est un patient qui vient me consulter pour une pathologie –une gastro-entérite par exemple- et à qui je vais prescrire un arrêt de travail le temps qu’il se remette.

Mais il arrive que des patients demandent un arrêt en lien avec des problèmes familiaux : enfant malade, personne âgée à domicile, dans le cas où l’employeur refuse les RTT ou les certificats enfant malade.

Évidemment, pour le médecin, c’est toujours au cas par cas. J’ai aussi des demandes pour des problèmes relationnels avec un employeur. Ou même à la demande d’un employeur lors d’une baisse d’activité de l’entreprise, ce que je refuse systématiquement.

Comment fixez-vous la durée d’un arrêt de travail ?

Avec l’aide du site amelipro* qui propose des durées indicatives selon les pathologies, durées qui servent de base et que j’adapte en fonction du patient et son emploi.

Comment justifiez-vous la prescription d’un arrêt de travail auprès de vos patients ?

J’avoue ne pas donner de justification, sauf cas particuliers. Par exemple, un employé de restaurant avec une gastro-entérite qui veut retourner travailler, je lui explique que comme il est en contact avec de la nourriture, il y a un risque de transmission aux clients.

Vos patients acceptent-ils votre décision ?

Oui, le plus souvent. Plus rarement, il peut y avoir des refus, des négociations pour augmenter la durée de l’arrêt, ou inversement parce que l’arrêt proposé est jugé trop long par le patient.

Dans ces cas-là, comment réagissez-vous, et quels sont vos arguments ?

Tout dépend de la situation. Il m’arrive d’omettre inconsciemment de prescrire un arrêt de travail et quand le patient me le demande et que c’est justifié, j’accepte de le faire sans problème.

Par contre quand un patient demande sans raison de prolonger de quelques jours son arrêt (par exemple pour ne pas reprendre le travail un vendredi), je lui explique qu’un arrêt n’est pas un congé. Je me sers des référentiels de durée d’amelipro pour motiver ma décision et couper court à la discussion.

En tant que médecin, pensez-vous qu’il y a des abus aux arrêts de travail ?

Si les indications sont bien posées, il n’y a pas d’abus. Le ressenti de la pathologie du patient, son mal-être et sa capacité à reprendre un travail sont très personnels et parler d’abus, c’est faire un raccourci très facile. Il faut se mettre à la place du patient et étudier le cas dans sa globalité.

Avez-vous des patients qui sont en arrêt de travail pour de très longues durées ?

Les arrêts de travail les plus longs sont dus en général aux conditions de travail : surmenage, burnout, dépressions, maladies professionnelles, pathologies chroniques ou affections de longue durée (ALD).

Le cas échéant, le patient peut être orienté vers un changement de poste, une inaptitude, voire vers une invalidité, toujours en lien avec le médecin du travail.

* amelipro est un portail de services dédié aux professionnels de santé.
Proposé par l’Assurance Maladie, il leur permet de consulter leurs paiements et les droits des assurés, mais aussi de commander des imprimés et d’effectuer certaines démarches en ligne : déclarations de médecin traitant, demande de mise en ALD, et arrêt de travail.