cancer du col de l'utérus

Cancer du col de l’utérus : on peut l’éviter !

Deuxième cause de mortalité féminine par cancer. Deux moyens de lutter : le frottis de dépistage et la vaccination contre les virus HPV.

Le cancer du col de l’utérus est la 2ème cause de mortalité féminine par cancer avant 45 ans. Pour lutter contre, il existe deux moyens complémentaires : le frottis de dépistage tous les trois ans pour les femmes de 25 à 65 ans et la vaccination contre les virus HPV (Human PapillomaVirus) pour les jeunes filles de 11 à 19 ans.

Olivier Kirch, chargé de mission, coordination du déploiement du dépistage organisé du cancer du col de l’utérus dans le Grand Est et le docteur Muriel Fender, médecin directeur de l’association Ève ont accepté de répondre à nos questions pour mieux comprendre l’importance du dépistage du cancer du col de l’utérus.

A quelle fréquence doit-on effectuer un dépistage du cancer du col de l’utérus ? En quoi cela consiste ?

Pour se faire dépister, un frottis du col de l’utérus doit être réalisé tous les 3 ans chez un professionnel de santé compétent de son choix : sage-femme, médecin généraliste, médecin exerçant dans un laboratoire d’analyses médicales ou gynécologue. Le frottis est un prélèvement de cellules du col de l’utérus réalisé lors d’un examen gynécologique.
Ces cellules sont ensuite examinées par un médecin afin de déterminer si certaines sont anormales. En cas d’anomalie, les traitements d’aujourd’hui sont efficaces et permettent dans la grande majorité des cas de préserver vie sexuelle et fertilité.

Pourquoi faire ce dépistage tous les trois ans ?

Le cancer met en général 10 ans à apparaître à partir de la première anomalie. Avec un frottis tous les 3 ans, on dispose donc de 3 occasions pour détecter une anomalie puis y apporter une réponse adaptée dans les meilleurs délais.
Ce rythme de 3 ans est adopté après 2 frottis normaux réalisés à 1 an d’intervalle.
Attention : avec plus d’un frottis tous les 3 ans on risque de dépister puis traiter des lésions qui auraient régressé naturellement. Ce traitement peut dans certains cas consister en une « conisation » qui consiste à enlever une partie du col de l’utérus. Cette opération peut fragiliser la capacité du col à rester fermé lors d’une grossesse et peut donc entrainer de graves complications pour le bébé de la femme concernée.

Qui est concerné par le dépistage du cancer du col de l’utérus ?

Le dépistage du cancer du col de l’utérus concerne les femmes de 25 à 65 ans non vierges et sans ablation du col de l’utérus. Après 65 ans et sans anomalies constatées jusqu’ici, on peut dire de cette femme qu’elle est compétente contre le virus.

Un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus va être déployé dans la région Grand Est en 2018. En quoi cela consiste ? Quel est le but ?

Le dépistage individuel, déjà pratiqué par certaines femmes dans le Grand Est, est fondé sur le principe d’une participation volontaire sans rappel ou incitation extérieure.
Avec le dépistage organisé, toutes les femmes de 25 à 65 ans du Grand Est qui n’ont pas réalisé de frottis depuis 3 ans seront invitées par voie postale à le faire auprès d’un professionnel de santé de leur choix.
En cas d’absence de frottis réalisé dans les 6 mois suivant l’invitation, les femmes concernées seront relancées par voie postale.
Le dépistage organisé permettra également d’assurer un suivi rigoureux de l’ensemble des femmes dépistées : les résultats d’analyse des frottis réalisés chez des résidentes du Grand Est seront transmis (si la femme donne son consentement) à la structure des dépistages de son département. En cas d’anomalie, elle assurera une veille sur le suivi de cette anomalie : quelles actions ont été engagées, par qui, à quel moment… Cela évitera également tout risque de perdre de vue une femme (changement de situation personnelle, de médecin…) et permettra de s’assurer qu’elle a bien disposé du traitement indiqué au moment opportun.

Avez-vous des exemples chiffrés sur les bienfaits du dépistage organisé ?

Grâce à toutes ces actions, le programme de dépistage organisé mené en Alsace depuis 20 ans a permis :

  • D’augmenter la participation de 5% à 3 ans chez les femmes de plus de 55 ans notamment et de 10 % à 5 ans (avec relance) dans le département du Bas Rhin (Source : Données Assurance Maladie)
  • De faire baisser la mortalité de 20% (Source : CRESGE* 2008)
  • De faire diminuer l’incidence des cancers du col de l’utérus : les 2 départements d’Alsace qui abritent ce dépistage organisé depuis 20 ans sont bien en dessous de la moyenne nationale en matière d’incidence de cancers du col de l’utérus. Dans le Haut Rhin entre 2008 et 2010, il y a eu 21 % de moins de cancer du col par an par rapport à la moyenne nationale sur la même période. Soit 6 femmes de moins par an ayant déclaré un cancer du col (18 femmes « sauvées » en 3 ans dans le seul Haut Rhin).

*CRESGE : Centre de recherches économiques, sociologiques et de gestion

Le vaccin contre les papillomavirus est-il obligatoire ?

Le vaccin contre les virus HPV (Human PapillomaVirus) n’est pas obligatoire mais vivement conseillé. En effet, rares sont les cancers dont on connait de façon certaine la cause, or, le vaccin offre une protection importante contre les virus HPV que l’on sait responsables du cancer du col de l’utérus. De plus, la vaccination protège contre les virus HPV qui sont responsables de 90 % des verrues génitales, maladie bénigne mais très contagieuse, difficile à traiter et récidivante.
Parce que la transmission du virus se fait par simple contact lors de rapports sexuels, le vaccin est vraiment efficace chez les jeunes filles qui n’ont pas encore d’activité sexuelle. D’où le calendrier vaccinal suivant :

  • 2 injections à 6 mois d’intervalle entre 11 et 14 ans
  • A partir de 15 ans une vaccination est toujours possible jusqu’à 19 ans mais avec 3 injections car la réponse immunitaire à cet âge est moins active.

L’Assurance Maladie rembourse le vaccin à 90% par le regime local Alsace-Moselle, à 65 % par le régime général ; le complément étant assuré par les mutuelles.

Si je suis vaccinée, suis-je dispensée de dépistage ?

Être vaccinée ne dispense pas de se faire dépister. Le vaccin ne protège que contre 70% des cancers du col. C’est pourquoi les femmes vaccinées doivent également se faire dépister par frottis tous les 3 ans entre 25 et 65 ans.

Beaucoup d’informations circulent sur une éventuelle dangerosité du vaccin contre les papillomavirus, parfois même relayées par des médecins. Comment démêler le vrai du faux ?

Voilà ce que l’on sait :

  • Il peut y avoir des effets secondaires bénins : douleur ou rougeur au point de piqûre.
  • Il peut exceptionnellement y avoir une réaction allergique à l’injection. Comme pour tout corps étranger injecté, le vaccin peut chez de très rares jeunes filles déclencher une réaction allergique. Il s’agit d’un cas sur 500 000.
  • Tous les cas de maladies auto-immunes recensés qui ont alimenté les inquiétudes et polémiques relatives à cette injection ont été scientifiquement et indépendamment étudiés. Les conclusions de ces recherches sont les suivantes : les effets indésirables graves recensés correspondent généralement à des co-incidences d’évènements qui se produisent en même temps mais sans cause commune.

Aucun élément scientifique n’a permis de valider la responsabilité de l’injection pour les effets graves recensés.