Cancer colorectal : dès 50 ans le dépistage c’est tous les deux ans !

Avec plus de 500 décès par an en Alsace, c’est le deuxième cancer le plus meurtrier après le cancer du poumon…

Le cancer colorectal peut être guéri et même évité grâce au dépistage


Isabelle GENDRE, médecin coordinateur au sein de l’association pour le dépistage du cancer colorectal en Alsace (ADECA) a accepté de répondre à nos questions pour mieux comprendre l’importance du dépistage du cancer colorectal.

Pourquoi agir contre le cancer colorectal ?

Le cancer colorectal (ou cancer du gros intestin) est le troisième cancer le plus fréquent. Aujourd’hui en Alsace, 3 personnes apprendront qu’elles ont un cancer colorectal. C’est aussi malheureusement le deuxième cancer le plus meurtrier (plus de 500 décès par an en Alsace) après le cancer du poumon.
Il est important de savoir que pris à temps, ce cancer n’est pas méchant. Il est guéri 9 fois sur 10 avec, en plus, des traitements moins lourd sans radiothérapie ni chimiothérapie.

cancer colorectal
Chez qui et quand survient ce cancer ?

Le cancer colorectal est un peu plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Il est rare chez les jeunes et survient dans 95% des cas après 50 ans.

Que faire contre ce cancer si meurtrier ?

Il est possible d’agir à deux niveaux :
Le premier correspond à la prévention primaire, c’est-à-dire agir pour diminuer son risque de développer un cancer colorectal, comme regarder avant de traverser. Les règles d’hygiène de vie sont très simples : manger mieux c’est-à-dire diminuer les viandes rouges et graisses animales, augmenter les fruits et légumes, éviter le tabac et l’alcool, pratiquer une activité physique régulière et à l’inverse éviter la sédentarité. La surcharge pondérale ou l’obésité ainsi que le diabète augmentent aussi le risque de cancer du côlon.
Le deuxième niveau correspond au dépistage qui doit être adapté à la personne.

En quoi consiste ce dépistage ?

Pour comprendre, il faut savoir que le cancer colorectal se développe le plus souvent à partir de petites excroissances dans l’intestin appelées polypes. Certains polypes (les adénomes) peuvent grossir et se transformer en cancer après une dizaine d’années ou plus. Le test de dépistage consiste en une simple recherche de sang dans les selles qui détecte les saignements invisibles à l’œil nu en provenance de ces polypes ou d’un cancer.

cancer colorectal
A qui s’adresse ce dépistage et comment avoir le test ?

Le dépistage s’adresse aux femmes et hommes âgés de 50 à 74 ans, sans signes cliniques et sans antécédent d’adénome ou de cancer du côlon.
Le test est remis par le médecin traitant au décours d’une consultation. C’est un test simple, rapide, à faire chez soi, pas besoin d’aller au laboratoire.
Le test est pris en charge à 100% par l’Assurance Maladie sans avance de frais. Une fois qu’il est fait, il suffit de l’envoyer par la poste avec l’enveloppe qui est fournie et sans mettre de timbre. La personne et son médecin reçoivent ensuite le résultat par courrier.

Que faut-il faire quand on a le résultat ?

Le plus souvent (96% des cas) le résultat est négatif, il faudra refaire le test deux ans après. Comme l’évolution entre le petit polype et le cancer est longue, plus de dix ans, en refaisant le test tous les 2 ans, il est possible de faire au moins 3 tests avant l’apparition de symptômes et d’agir précocement. Bien sûr, en cas de symptômes inhabituels et persistants (douleurs abdominales, troubles digestifs, sang dans les selles…) il faut en parler à son médecin traitant.
Dans 4% des cas le test est positif cela ne signifie pas qu’il y a un cancer mais qu’il est nécessaire de savoir pourquoi du sang a été trouvé dans les selles. Le médecin traitant orientera la personne chez un gastroentérologue pour réaliser la coloscopie. Cet examen est réalisé sous anesthésie en ambulatoire.

Est-ce que ce test et le dépistage sont vraiment performants ?

Oui, plusieurs études de grande ampleur ont démontré que la réalisation d’un test tous les deux ans diminue d’un quart le risque de décéder d’un cancer colorectal.
La réalisation d’une coloscopie après un test positif permet d’enlever dans 55% des cas, des polypes adénomateux et dans seulement 5 à 6 % des cas un cancer (guérissable dans plus des 2/3 des cas sans radiothérapie ni chimiothérapie).
Ainsi, le dépistage par recherche de sang dans les selles permet de dépister des cancers. Le plus souvent, à un stade guérissable mais surtout d’éviter la survenue d’un cancer en enlevant les gros polypes (pour 35% des coloscopies). La coloscopie est un examen diagnostic et thérapeutique quand les polypes sont ôtés.

Vous êtes médecin coordinateur à ADECA Alsace, à quoi sert cette association ?

Sans être trop technique, ADECA Alsace est chargée de l’organisation et de l’assurance qualité du programme, ainsi que de son évaluation, transmise à Santé Publique France et aux financeurs. En d’autres termes, nous gérons les courriers d’invitations et relances envoyés aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 74 ans pour les inciter à aller voir le médecin et à se faire dépister. Nous assurons le suivi des tests positifs, la communication auprès des professionnels de santé et de la population…

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Pour conclure, avez-vous des exemples chiffrés sur les bienfaits du dépistage organisé du cancer colorectal avec le nouveau test ?

Depuis mai 2015, c’est-à-dire le démarrage de la campagne avec le nouveau test, plus de 3 300 cancers ont été évités grâce au dépistage. Si l’Alsace participe mieux que le reste de la France (45.6% pour le Haut-Rhin et 43.3% pour le Bas-Rhin contre 33.5% pour la France entière), moins d’un Alsacien sur deux se fait dépister et bénéficie d’un dépistage ayant largement fait preuve de son efficacité ! Nous pourrions faire encore mieux pour diminuer l’incidence et la mortalité par cancer colorectal en Alsace.

Illustrations : Institut national du cancer (INCa)